Pour choisir un prestataire d'accompagnement handicap — ou plus précisément un dispositif d'accompagnement — la bonne question n'est pas « quel est le meilleur cabinet ? ». C'est : quel modèle couvre à la fois l'expertise humaine, l'outil de suivi et la continuité entre deux interventions, au regard de votre taille, de votre taux d'emploi et de votre maturité mission handicap.
Les entreprises de 250 salariés et plus jonglent souvent entre un consultant ponctuel, un module SIRH et des dispositifs publics (Cap emploi, Agefiph). Chacun a sa légitimité. Ce guide propose une grille d'évaluation en six critères, un exemple de notation, des questions à poser en appel d'offres, et les pièges qui font échouer un déploiement malgré un « bon » prestataire sur le papier.
- Évaluer le dispositif, pas la brochure : expertise humaine + outil + continuité valent mieux qu'un catalogue de missions isolées.
- Six critères décisifs : expertise terrain, confidentialité, pilotage OETH, accès collaborateur, coût total de possession, preuves et références.
- Trois modèles coexistent : cabinet au forfait, module SIRH, solution hybride (plateforme + accompagnement expert) — chacun a un cas d'usage légitime.
- Déductibilité OETH : seules les prestations visant la prise de poste ou le maintien des BOETH sont concernées, dans la limite de 10 % de la contribution brute (art. D. 5212-23). Un abonnement logiciel seul n'est en principe pas déductible.
- Question ultime : que se passe-t-il pour un salarié qui veut se déclarer trois mois après la fin de la mission ?
Pourquoi choisir un prestataire d'accompagnement handicap ne suffit plus
Le vocabulaire du marché pousse naturellement vers le forfait cabinet : diagnostic, accord agréé, atelier SEEPH, quelques jours de maintien dans l'emploi. Ces prestations restent utiles — parfois indispensables.
Mais en 2024, seules 35 % des entreprises assujetties atteignaient l'objectif légal de 6 %, et le taux d'emploi moyen s'établissait à 5,1 % au sens légal, selon les données Ministère du Travail / Dares. Un écart structurel de ce type ne se résorbe pas uniquement par des missions ponctuelles.
L'accompagnement des salariés handicapés est un flux permanent : renouvellements RQTH, aménagements, retours d'arrêt, préparation de la DOETH. Choisir un dispositif, c'est donc choisir ce qui reste en place entre deux interventions externes — et comment le collaborateur y accède sans passer par trois intermédiaires.
Les trois familles de dispositifs à comparer
Avant la grille, il faut nommer ce que l'on compare. Le détail des modèles (forces, limites, coûts) est développé dans notre article sur l'alternative au cabinet de conseil handicap. Ici, trois repères suffisent pour cadrer l'évaluation :
- Cabinet de conseil — expertise dense et chantier ponctuel (accord, diagnostic) ; continuité faible entre deux missions.
- Module handicap d'un SIRH — champ BOETH et export déclaration à coût marginal bas ; peu ou pas d'accompagnement humain.
- Solution hybride (plateforme + experts) — outil permanent + accompagnement sans compteur de jours ; moins adaptée si le besoin est uniquement un accord ponctuel.
WeMakeTheDiff se situe dans la troisième famille : un accompagnement expert handicap couplé à une plateforme dédiée — pas une agence facturée au forfait journée. La grille ci-dessous sert aussi bien à évaluer un cabinet qu'une solution hybride ou un module SIRH.
Les dispositifs publics (Cap emploi, prestations d'appui spécifique, emploi accompagné) restent gratuits pour l'employeur et ne « remplacent » pas un prestataire privé : ils le complètent. Un bon dispositif privé doit savoir les mobiliser, pas les contourner.
Grille d'évaluation : six critères pour choisir un prestataire d'accompagnement handicap
Attribuez à chaque critère une note de 1 à 5, pondérée selon votre contexte (ex. : confidentialité ×2 si votre culture RH est encore frileuse sur le sujet). Le total relatif compte plus que la note absolue.
1. Expertise humaine et méthode
Qui intervient concrètement ? Des experts handicap salariés de la structure, des freelances intermittents, un commercial « spécialisé » ? Demandez des profils, le volume d'heures réellement disponibles, et la méthode d'escalade quand une situation sort du script (aménagement complexe, risque de désinsertion).
Vérifiez aussi la capacité à former le référent handicap et les managers — sans confondre formation et simple sensibilisation.
2. Confidentialité et cadre de confiance
Le frein n°1 à la déclaration n'est pas administratif : c'est la peur du regard, comme le détaille notre article sur pourquoi les salariés ne déclarent pas. Un dispositif crédible isole les données de santé / RQTH des circuits SIRH ordinaires, clarifie qui voit quoi (référent, RH, manager, expert), et offre au collaborateur un canal d'entrée perçu comme neutre. Sans cela, le taux de déclaration interne stagne — et votre taux d'emploi OETH aussi.
3. Pilotage OETH et conformité
Le prestataire doit parler le même langage que votre DOETH : BOETH, unités bénéficiaires, dépenses déductibles, échéances DSN. Un logiciel de gestion du handicap dédié change la donne par rapport à un tableur tenu à la main par le référent. Posez la question : « Comment préparez-vous la DSN d'avril, déposée le 5 ou 15 mai, avec moi ? »
4. Accès direct du collaborateur
Si seul le DRH ou le référent a un interlocuteur, le dispositif sert l'entreprise mais pas assez les salariés. Un espace confidentiel, une hotline ou un parcours guidé de déclaration change le volume de situations traitées — sans multiplier les jours facturés.
5. Coût total de possession (pas le prix du jour)
Comparez abonnement annuel, forfait mission, jours supplémentaires, coûts cachés (intégration SIRH, formation des utilisateurs, reprise de données). Un cabinet « moins cher » sur le papier peut coûter plus cher dès que vous multipliez les situations individuelles. À l'inverse, une solution hybride mal calibrée pour un chantier unique (accord agréé) sera surdimensionnée.
6. Preuves, références et continuité
Demandez des références sectorielles proches de votre taille, des indicateurs suivis (délai d'aménagement, taux de déclaration interne, satisfaction collaborateurs), et surtout le scénario de sortie : qui conserve les données, comment se fait la reprise, que se passe-t-il si le consultant part.
| Critère | Question clé à poser | Signal d'alerte |
|---|---|---|
| Expertise | « Qui traite une situation de maintien urgente sous 48 h ? » | Réponse floue ou « selon disponibilité du consultant » |
| Confidentialité | « Le manager voit-il le statut RQTH dans le SIRH ? » | Pas de cloisonnement documenté |
| OETH | « Comment suivez-vous les échéances RQTH et la DOETH ? » | Reporting Excel uniquement, sans propriétaire clair |
| Collaborateur | « Comment un salarié engage-t-il une déclaration sans passer par son N+1 ? » | Aucun canal direct |
| Coût | « Que se passe-t-il si le volume de situations double ? » | Facturation strictement proportionnelle au volume |
| Continuité | « Que reste-t-il trois mois après la fin de mission ? » | Rien d'opérationnel hors livrable PDF |
Exemple de notation : trois offres face à face
Voici une simulation pour une entreprise de 800 salariés, avec une pondération renforcée sur la confidentialité (×2) et le pilotage OETH (×1,5). Les notes sont fictives ; l'intérêt est la méthode, pas le classement.
| Critère (poids) | Offre A — cabinet | Offre B — module SIRH | Offre C — hybride |
|---|---|---|---|
| Expertise (×1) | 5 | 2 | 4 |
| Confidentialité (×2) | 3 | 2 | 5 |
| Pilotage OETH (×1,5) | 3 | 4 | 5 |
| Accès collaborateur (×1) | 2 | 1 | 5 |
| Coût total (×1) | 3 | 5 | 3 |
| Continuité (×1) | 2 | 3 | 5 |
| Score pondéré / 37,5 | 22,5 | 19,0 | 33,5 |
Dans cet exemple, l'offre C l'emporte malgré un coût unitaire moins flatteur que le module SIRH : la confidentialité et l'accès collaborateur pèsent plus pour une entreprise encore peu déclarante. Si le besoin était uniquement un accord agréé, l'offre A remonterait en tête. Adaptez les poids ; ne changez pas la grille.
Checklist cahier des charges (appel d'offres)
Avant d'envoyer le RFP, verrouillez ces éléments avec le référent handicap et la direction :
- Périmètre : diagnostic, accompagnement individuel, sensibilisation, pilotage OETH, formation du référent — précisez ce qui est in et out.
- Volumes estimés : nombre de situations individuelles / an, ateliers managers, échéances DOETH.
- Données et confidentialité : hébergement, cloisonnement RQTH / SIRH, droits d'accès, DPA / RGPD.
- Canal salarié : démonstration obligatoire du parcours de déclaration sans N+1.
- Indicateurs de succès : délai moyen d'aménagement, taux de déclaration interne, satisfaction collaborateurs, préparation DOETH.
- Facturation : forfait, abonnement, jours optionnels ; exigence d'une facture ventilée (accompagnement vs outil).
- Réversibilité : export des données, transfert de connaissances, durée de transition à la fin du contrat.
- Appuis publics : engagement à mobiliser Cap emploi / Agefiph plutôt qu'à les contourner.
Déductibilité OETH : ce qu'il faut exiger du prestataire
Les dépenses liées aux prestations d'accompagnement des bénéficiaires de l'obligation d'emploi, ainsi qu'aux actions de sensibilisation et de formation réalisées par d'autres organismes pour le compte de l'entreprise, figurent parmi les dépenses déductibles listées à l'article D. 5212-23 du Code du travail, à condition qu'elles visent « à favoriser la prise de poste et le maintien en emploi » des bénéficiaires (3°). L'employeur peut les déduire hors taxes, dans la limite de 10 % du montant de la contribution annuelle calculée selon l'article D. 5212-20.
Un abonnement logiciel seul n'entre pas a priori dans ce cadre ; seule la part d'accompagnement des bénéficiaires est potentiellement déductible — exigez une facture ventilée (outil vs accompagnement / formation).
Point de vigilance : la déduction n'est en principe pas ouverte aux entreprises sous accord agréé (qui ont un autre régime), et une dépense déjà financée par une aide (Agefiph ou autre) ne se déduit pas une seconde fois. Conservez factures, programmes et preuves de déploiement ; votre service paie ou expert-comptable validera le code DSN adapté.
La déductibilité OETH n'est pas un argument commercial magique : elle plafonne à 10 % de la contribution. Un dispositif trop cher reste trop cher. Utilisez-la comme levier de financement partiel, pas comme justification d'un achat mal calibré.
Scénarios de choix selon le profil de l'entreprise
Vous démarrez une mission handicap (ou elle est en pause)
Priorité à la méthode et à la montée en compétences du référent handicap. Un cabinet peut poser le diagnostic et le plan d'action ; une solution hybride accélère ensuite la mise en œuvre permanente (déclaration, suivi, sensibilisation continue).
Vous avez un référent, mais peu de déclarations
Le goulot d'étranglement est rarement réglementaire : c'est le climat de confiance. Orientez la grille vers confidentialité et accès collaborateur. Un outil sans experts ne suffira pas ; des experts sans canal salarié non plus.
Vous êtes sous pression contribution / DOETH
Exigez un pilotage OETH opérationnel (échéances RQTH, unités, dépenses déductibles) et une trajectoire chiffrée sur 12 à 24 mois. Croisez avec votre simulateur de contribution Agefiph pour objectiver l'enjeu financier avant de signer.
Vous avez besoin d'un accord agréé ou d'un chantier unique
Le cabinet reste souvent le meilleur choix sur ce périmètre. Négociez alors une clause de transfert de connaissances et d'outils vers l'interne — ou vers un dispositif permanent — pour éviter de recommencer à zéro l'année suivante.
Cinq erreurs fréquentes lors du choix d'un dispositif
- Acheter une sensibilisation et l'appeler accompagnement — un atelier SEEPH ne remplace ni le suivi RQTH ni le maintien dans l'emploi.
- Optimiser uniquement le prix du jour consultant — sans regarder le coût quand le volume de situations augmente.
- Négliger le canal collaborateur — un dispositif réservé aux RH ne débloque pas la sous-déclaration.
- Oublier la reprise de données — sans clause de sortie, vous reconstitutez le dossier à chaque changement de prestataire.
- Ignorer les appuis publics gratuits — Cap emploi et appuis spécifiques doivent rester dans le schéma, pas hors périmètre « privé ».
Ces erreurs se corrigent en amont : grille partagée avec le référent, démonstration live du parcours salarié, et scénario de continuité écrit dans le contrat.
FAQ — Questions fréquentes des DRH
À quelle entreprise faire appel pour accompagner sa politique handicap ?
Celle qui combine (1) une expertise handicap prouvée, (2) un cadre de confiance pour les collaborateurs, et (3) un pilotage OETH dans la durée. Selon votre maturité, ce sera un cabinet pour un chantier ponctuel, une solution hybride pour le quotidien, ou un duo (cabinet puis plateforme).
Comment évaluer un prestataire d'accompagnement handicap en appel d'offres ?
Utilisez la grille à six critères ci-dessus, exigez des références de taille comparable, un scénario de continuité post-mission, et une démonstration concrète du parcours collaborateur — pas seulement un PowerPoint RH.
Combien coûte un prestataire d'accompagnement handicap ?
Les ordres de grandeur varient fortement : quelques milliers d'euros pour une mission ponctuelle (diagnostic, atelier), plusieurs dizaines de milliers pour un accompagnement annuel sur site, et un abonnement SaaS hybride souvent calé sur la taille de l'effectif. Comparez toujours le coût total de possession (jours supplémentaires, reprise de données, formation) plutôt que le seul prix affiché — et exigez la ventilation facture si vous visez la déductibilité OETH.
Peut-on cumuler cabinet et solution hybride ?
Oui, et c'est souvent pertinent : le cabinet sur l'accord ou le diagnostic lourd, la plateforme + experts sur le flux permanent. Clarifiez les frontières (qui fait quoi, qui détient la donnée) dès le contrat pour éviter les zones grises.
Les dépenses de prestataire sont-elles déductibles de la contribution OETH ?
Oui pour les prestations d'accompagnement et les actions de sensibilisation / formation externes liées à la prise de poste ou au maintien des BOETH, dans la limite de 10 % de la contribution brute (art. D. 5212-23), sous réserve des exclusions (accord agréé, aides déjà perçues). Un abonnement logiciel seul n'est en principe pas déductible ; seule la part d'accompagnement l'est potentiellement.
Nous passons en revue votre organisation handicap, vos freins à la déclaration et vos échéances OETH — puis nous vous disons honnêtement si une solution hybride (plateforme + experts) a du sens pour vous.
Demander une démoConclusion
Choisir un prestataire d'accompagnement handicap, c'est avant tout choisir un dispositif capable de tenir dans le temps : expertise quand il le faut, outil quand il faut suivre, confidentialité pour que les salariés osent se déclarer. La grille à six critères ci-dessus évite d'acheter sur la seule qualité du pitch commercial.
Comparez les modèles sans dogmatisme, chiffrez le coût total, vérifiez la déductibilité OETH (facture ventilée), et posez la question de continuité. C'est ainsi que les missions handicap des entreprises de 250+ salariés passent d'une succession de missions à une politique réellement opérationnelle — portée par une équipe d'experts handicap et un outil qui reste en place entre deux interventions.
Sources
- Code du travail numérique — Article D. 5212-23 (dépenses déductibles et plafond de 10 %)
- Code du travail numérique — Article L. 5212-11 (principe des dépenses déductibles)
- Urssaf — La contribution annuelle OETH
- Agefiph — Fiche n°5 : dépenses déductibles de la contribution (PDF)
- Ministère du Travail / Dares — Obligation d'emploi des travailleurs handicapés : où en est-on en 2024 ?
- Code du travail numérique — Article L. 5213-6 (mesures appropriées / aménagement raisonnable)
- Net-entreprises — Déclaration de la contribution OETH et codes dépenses déductibles (DSN)